Séminaire Mensuel 2019-2020 - Entreprise

    Séminaire Mensuel 2019-2020 - Entreprise

    Réseau Salariat

    Séminaire «Entreprise»

    Octobre 2019 -juillet 2020

    Dans le langage courant, très influencé par les classes dominantes, l’entreprise est réduite à sa forme juridique la plus courante : la société de capitaux. Dans le cadre de la « société » au sens juridique, les actionnaires sont censés donner les grandes orientations stratégiques à l’entreprise afin de permettre la valorisation de leur capital.

    Peut-on pour autant réduire l’entreprise à une « somme de contrats », comme le prétendent certaines théories anglo-saxonnes ? N’est-elle pas plutôt le fruit commun et indivisible d’agents (salariés, entrepreneurs, apporteurs de capitaux, etc.) et d’institutions (États et collectivités locales) qui fournissent les biens publics nécessaires à toute activité économique ? S’agit-il d’une entité qui posséderait sa propre existence, irréductible aux agents et autres collectifs qui travaillent ou apportent leur capital, comme le rappellent certains juristes ? Est-on en présence d’une structure productive, d’une entité juridique appelée « société » ou des deux à la fois ?

    L’axe central du séminaire consiste à souligner les liens étroits qui unissent l’entreprise, les marchés et la finance. Ce projet passe par une autre manière de voir et par une refondation de l’entreprise dont la finalité institutionnelle doit être précisée. La démarche s’appuie sur l’analyse des rapports entre les catégories sociales qui s’expriment dans le partage de la valeur ajoutée et s’incarnent dans ses multiples déclinaisons : les modes d’évaluation de l’efficacité économique, écologique et sociale, l’organisation des pouvoirs dans l’entreprise, les droits issus de la propriété, l’intervention des salariés, etc.

    Il s’agit d’appeler l’attention sur les rapports d’interdépendance entre choix stratégiques des entreprises et équilibres socio-économiques et écologiques car

    une autre manière de produire, de consommer et de répartir les richesses devrait nécessairement s’imposer dans les années qui viennent.

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    Bibliographie du séminaire

    Bachet D. (2019). Reconstruire l’entreprise pour émanciper le travail, UPPR, Toulouse.

    Borrits B. (2018). Au-delà de la propriété, Pour une économie des communs, La Découverte, Paris.

    Brodier P.-L. (2001). La VAD (La Valeur Ajoutée Directe), Une approche fondée sur la distinction entre société et entreprise, AddiVal, Montpellier. Voir également le site http://vadway.com/

    Coutrot T. (2018). Libérer le travail, Pourquoi la gauche s’en moque et pourquoi ça doit changer, Seuil, Paris.

    Favereau O. (2014). Entreprises : La Grande Déformation, Collège des Bernardins, Parole et Silence, Paris.

    Kapp K.W. (1963, 2015). Les coûts sociaux de l’entreprise privée, Les Petits Matins, Paris.

    Morin F. (2017), L’économie politique du XXIe siècle, De la valeur-capital à la valeur-travail, Lux-éditeur, Québec.

    Richard J., Bensadon D., Rambaud A. (2018). Comptabilité financière, Dunod, 11e édition, Paris.

    Richard J. (2015). « Refonder l’entreprise, la société anonyme et l’intérêt social par la comptabilité environnementale », http://www.alliance-respons.net/bdf_fiche-document-247_fr.html

    Richard J. (2012). Comptabilité et Développement Durable, Economica, Paris.

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    Lundi 7 octobre 2019 : Introduction générale, Daniel Bachet, Reconstruire l’entreprise.

    L’intervention de Daniel Bachet a pour objectif de montrer que la manière de voir et de compter oriente la finalité des entreprises, leur stratégie ainsi que la façon d’appréhender le travail. Les outils comptables sont en effet des « technologies politiques ».

    Depuis longtemps déjà la manière de voir et de compter contribue directement à la reproduction de l’entreprise dont l’objectif supposé serait la recherche du profit. Pourtant, adopter un langage comptable plutôt qu’un autre, c’est adopter une représentation de l’entreprise, de sa finalité, de son efficacité et des rapports de pouvoir. Aussi, il est possible de penser et de compter différemment en vue de proposer une alternative cohérente et opératoire à l’entreprise capitaliste.

    Daniel Bachet présentera les outils comptables les plus appropriés pour valoriser le travail et l’emploi mais également pour empêcher les atteintes aux fonctions environnementales essentielles à la survie de la biosphère et pour prévenir les dégâts collatéraux du développement économique sur les êtres humains (risques socio-psychologiques, accidents, coût de l’insécurité environnementale, etc.).

    L’intervention sera l’occasion de proposer un premier cadrage théorique des séances qui suivront.

    Daniel Bachet est professeur émérite de sociologie.

    - Lundi 4 novembre 2019 : Le fonctionnement de la société de capitaux par Benoît Borrits. Benoît Borrits, chercheur militant est animateur de l’association Autogestion. Il est l’auteur de Coopératives contre capitalisme, éditions Syllepse, 2015, et Au-delà de la propriété, Pour une économie des communs, La Découverte, 2018.

    L’entreprise est aujourd’hui majoritairement incarnée dans la société de capitaux, une association d’individus qui ont pour objectif la valorisation de leur capital. Cette session démontrera que la valeur d’une société n’est pas son bilan comptable mais une estimation spéculative des dividendes à venir. Ceci explique pourquoi des entreprises ferment aujourd’hui des unités de production qui, bien que rentables, ne le sont pas assez. On comprend dès lors la fragilité intrinsèque du capitalisme qui nécessite des institutions capables d’offrir un cadre sécurisé permettant aux propriétaires d’extraire des revenus.

    Après avoir rappelé les principes de base de la comptabilité d’entreprise, nous examinerons la notion d’actualisation d’un revenu futur avec ses deux composantes que sont le taux d’intérêt qui rémunère le temps et la prime de risque qui rémunère l’incertitude. Nous démontrerons, à l’aide de la formule de Gordon et Shapiro, que le capitalisme, bien que florissant en apparence, est en proie à des contradictions insoutenables à terme dans un contexte de faible croissance et de taux d’intérêt qui ne peuvent plus guère baisser.

    - Lundi 2 décembre 2019 : Olivier Favereau, L’entreprise et le partage des pouvoirs. Olivier Favereau est professeur émérite d’économie. Il est l’auteur de Entreprises : la Grande Déformation, Collège des Bernardins, 2014.

    L’objectif de l’exposé est de présenter une partie des résultats d’une recherche collective sur l’entreprise menée de décembre 2008 à avril 2018 au Collège des Bernardins.

    Elle impliquait des enseignants chercheurs mais aussi des praticiens relevant de cinq disciplines : anthropologie, droit, économie, gestion et sociologie.

    Deux précisions pour encadrer et limiter le champ de l’exposé :

    • quant au fond, l’accent sera mis sur le travail, pour respecter la thématique (et le lieu) du séminaire ;
    • quant à la forme, plutôt que de figer les diagnostics et les recommandations, on restituera la séquence (de certaines) des « surprises » qui ont scandé la dynamique de cette recherche.

    - Lundi 24 janvier 2020 : Jacques Richard, Pour une comptabilité de l’entreprise adaptée au renouvellement de l’environnement (CARE). Jacques Richard est professeur émérite à Paris-Dauphine et expert-comptable. Il est l’auteur de Comptabilité financière, Dunod, 2018.

    L’intervention de Jacques Richard vise explicitement à proposer les bases théoriques pour fonder un nouveau droit comptable environnemental en faveur d’une gouvernance écologique et humaine. La méthode alternative proposée par l’auteur s’accompagne d’une réforme du droit des sociétés et d’une reformulation de « l’intérêt social ». Jacques Richard lui a donné le nom de CARE (Comptabilité Adaptée au Renouvellement de l’Environnement).

    Cette nouvelle manière de voir est en quelque sorte le soubassement comptable d’une redéfinition radicale de l’entreprise, entrevue non plus comme instrument de production de profit, mais comme institution de production, soucieuse du maintien/remplacement des ressources naturelles et humaines qu’elle consomme dans le cadre de son activité. L’entrée par la question comptable est ainsi au principe d’une révolution totale de la conception de l’entreprise et de l’économie.

    - Lundi 3 février 2020 : Benoît Borrits, La formation macroéconomique des profits et l’action de l’Etat.

    - Lundi 2 mars 2020 : François Morin, Entreprise et finance. François Morin est professeur émérite d’économie. Il est l’auteur de L’économie politique du XXIème siècle, de la valeur-capital à la valeur-travail, Lux, 2017.

    - Lundi 30 mars 2020 (ANNULE) : Paul-Louis Brodier, Refonder l’entreprise et les outils comptables. Paul-Louis Brodier, ingénieur, est l’auteur de La VAD, La Valeur Ajoutée Directe, Une approche de la gestion fondée sur la distinction entre société et entreprise, AddiVal, 2001.

    - Lundi 4 mai 2020 (ANNULE) : Benoît Borrits, Coopératives, un modèle pour l’entreprise ?

    - Lundi 8 juin 2020 (ANNULE) : Hervé Defalvard, Coopératives et communs. Hervé Defalvard est économiste. Il est l’auteur de La révolution de l’économie [en 10 leçons], éditions de l’Atelier, 2015.

    - **Lundi 6 juillet 2020 (ANNULE) : Thomas Coutrot, Libérer le travail. Des méthodes alternatives de management.**Thomas Coutrot est économiste. Il est l’auteur de Libérer le travail, pourquoi la gauche s’en moque et pourquoi ça doit changer, Seuil, 2018.