Une histoire de la Sécurité Sociale

Mercredi 25 mai 2022  
15:00-
Strasbourg
Adresse:
Lycée Marie Curie (salle Marie Curie)
7 Rue de Leicester
67 000 Strasbourg
Catégories Conférence Rencontre Débat
Intervenants Bernard Friot
Organisateurs
Présentation

Bernard Friot est économiste et sociologue du travail. Spécialiste de l’histoire de la Sécurité Sociale, il a notamment publié L’enjeu du salaire (2012), et Le travail, enjeu des retraites (2019). Ses travaux ont révélé la force du système de protection social français financé par la cotisation sociale, un prélèvement obligatoire qui, à la différence des sytèmes anglo-saxons, assure un niveau de protection supérieur des travailleurs.

Depus le début des années 1980, la Sécurité sociale française est mise à rude épreuve. La baisse des taux de cotisation, insuffisament compensée par l’impôt, entraine un déficit structurel du système. Critiqués de toute part pour son caractère dispensieux, la Sécurité sociale a pourtant fait la preuve de sa résilience au cours des différentes crises économiques qu’a traversé le pays au cours de la dernière décenie, notamment au cours de la crise sanitaire.

Dans ce contexte, comment construire et affirmer un modèle de protection des travailleurs assurant la sécurité de tous par le travail ? Quels sont les avantages du système de protection social français sur celui des autres pays ? Comment expliquer ses dysfonctionnements actuels alors qu’il assurait, jusqu’au début des années 2000, un fort niveau de protection des salariés, envié dans de nombreux pays à travers le monde ?  Quel récit émancipateur peut-on élaborer à son sujet ?

Engagé avec les élèves de 1ère, ce dialogue permettra de prolonger les interrogations soulevées par le chapitre sur la sécurité sociale du programme de spécialité de sciences économiques et sociales.

Points de discussion :

(1)   Dans le programme de spécialité de 1ère, l’asymétrie d’information (Stiglitz) engendre l’avénement des systèmes de protection. Cette asymétrie d’information amènerait en effet l’individu (et non pas le collectif de travailleur) à appréhender les risques sociaux et à mutualiser des ressources pour s’en prémunir.

Cette vision de la Sécurité Sociale nous semble refléter injustement son histoire, issue des luttes sociales du XXème siècle. Quelle est la part d’idéologie dans cette acception économiciste de la Sécurité Sociale ? Sa logique capitaliste ? Quel discours adopter en réaction à cette acception du risque ? En quoi est-elle un “anti-humanisme” primaire ?

(2)   Après être avoir fait la critique de cette “histoire” de la Sécurité Sociale reproduisant fidèlement le discours du patronat, comment élaborer une histoire de la Sécurité Sociale qui pose à son fondement le problème de la socialisation de la valeur ? Il sera possible à cette étape de la discussion de revenir sur la distinction entre propriété sociale/privée.

En quoi la socialisation de la valeur est-il un idéal vers lequel il faudrait tendre (en lien avec le capitalocène notamment).

En quoi le système français de Sécurité Sociale, par la cotisation sociale, permet-il d’approcher cet idéal. Par quel moyen faire progresser la cotisation sociale dans le contexte politique actuel ?

L’enjeu pédagogique de cette rencontre est de faire comprendre aux élèves qu’appréhender la Sécurité Sociale à partir des asymétries d’information est hors-sol, biaisé, et qu’il est plus juste de partir de la socialisation de la valeur et de ses implications (le recul de la propriété financière et privée, l’avènement d’une propriété sociale).