Cinq raisons de rejoindre le réseau Salariat

par N. Chomel 14 mai 2011

    Cinq raisons de rejoindre le réseau Salariat

    1. La retraite, tremplin vers le droit au salaire pour tous

    La contre-réforme des retraites du gouvernement Sarkozy-Fillon n'est que la prolongation des efforts déployés depuis plus de 30 ans, par le patronat et les gouvernements libéraux, pour casser la dynamique de progrès social portée par les institutions du salariat. Il faut se rappeler que le premier gros coup porté aux pensions de retraite a été donné par Philippe Seguin en 1987 avec leur indexation sur les prix et non plus sur les salaires. En 1991, Michel Rocard et Pierre Bérégovoy enfonçaient le clou avec leur livre blanc sur les retraites, avant que Balladur ne reprenne le dossier tout ficelé de son ruban rose en 1993. Il était grand temps, en effet, pour la classe dirigeante et le patronat, d'inverser la tendance, qui faisait progresser le taux de remplacement du salaire moyen par la pension de 20% en 1945 à 50% en 1965, puis à 70% en 1980 et presque 85% en 1990. Cette progression a été rendue possible par une augmentation régulière des cotisations patronales adossées aux salaires, et c'est bien là qu'il faut voir l'acharnement du patronat à réduire « les charges qui pèsent sur les entreprises », c'est à dire ces salaires qui entravent le profit. L'histoire nous rappelle que le financement des retraites par cotisation sociale est puissamment anticapitaliste.

    2. La protection sociale comme élément du salaire : une conquête sociale majeure du 20ème siècle en France

    Notre modèle de financement des pensions de retraite s'est progressivement construit et étendu suivant le principe de la continuation du salaire au-delà de la période d'emploi. Ainsi, depuis 1853 les agents de la fonction publique sont payés pour leur grade, et non pour leur poste, et lorsqu'ils entrent en retraite, ils continuent à être payés pour leur grade. Ce système s'est étendu au secteur privé après la seconde guerre mondiale, sous l'impulsion du Conseil National de la Résistance. Les cadres sont les premiers à y entrer dès 1947 (avec l'AGIRC, leur caisse spécifique). Ceux qui partent en retraite à l'époque reçoivent une pension pleine s'ils ont eu une carrière complète, alors même que, par définition, ils n'ont jamais cotisé pour un système de retraite qui n'existait pas encore. La pension de retraite n'est donc pas, contrairement à ce qu'on entend ou lit couramment, un salaire différé ce qui nécessiterait qu'il y ait au préalable épargne de cotisations. C'est bien la cotisation sociale, avec sa part “salarié” et sa part “employeur”, prélevée sur la valeur ajoutée des entreprises et collectée dans l'année qui permet de verser aux retraités les pensions de cette même année. De même, la pension n'est pas la contrepartie des cotisations versées (ce qui est le cas de l'assurance vie ou des compléments d'épargne retraite), mais un salaire de remplacement proportionnel au dernier salaire d'activité. L'indexation des pensions sur les salaires, et non sur les prix (avant 1987 donc), confirme leur rattachement aux salaires de la période, de même que les lois Boulin de 1971-1972, qui amélioraient nettement le taux de remplacement (du salaire par la pension). Au delà du choix des mots, cette notion de salaire continué est forte dans la culture des salariés, au point qu'à EDF par exemple, on appelle la retraite le salaire d'inactivité. Le principe de la continuation du salaire d'activité a également prévalu pour les chômeurs jusqu'en 1982, année au cours de laquelle le gouvernement socialiste a refusé d'augmenter les cotisations patronales et donné son feu vert à la réduction des prestations (Source : Alternatives Economiques n° 250 - septembre 2006). Ainsi, la durée maximale d'indemnisation était de 36 mois en 1979 pour un smicard. La continuation salariale s'est renforcée par la suite, d'abord avec l'indexation des retraites sur les revenus des chômeurs de moins de 50 ans ayant cotisé au moins 14 mois, avant de baisser à 30 mois en 1984, puis à 23 en 2001...

    3. Le salaire continué à la qualification : un horizon pour sortir du capitalisme

    3.1. La qualification pose les travailleurs comme créateurs de richesses et non comme force de travail au service des détenteurs de capitaux

    La notion de marché du travail sous entend que les travailleurs seraient des petits propriétaires de leur force de travail qui la négocieraient sur un marché. Dans cette perspective, le salaire serait un prix résultant de l'ajustement entre une offre et une demande d'emplois. Cette idée amène à considérer les travailleurs comme de simples ressources humaines au service d'employeurs qui seraient les seuls créateurs de richesses. Or, cette idée largement répandue par les milieux patronaux et les médias dominants, est contredite par la réalité des qualifications pratiquées, tant dans la fonction publique (tous les fonctionnaires ont un grade) que par les conventions collectives de branche du secteur privé (qui attribuent une qualification aux postes de travail). Dans les faits, le salaire correspondant à un poste est le plus souvent fixé à l'embauche, et l'emploi n'est pas proposé au candidat le moins exigeant. Revendiquer l'extension d'un droit à qualification à tous les citoyens, comme c'est le cas dans la fonction publique, c'est reconnaître chaque travailleur pour sa contribution à la production de richesses collectives.

    3.2. La cotisation sociale montre qu'on peut financer des engagements de très long terme sans capitalisation ni endettement

    Plus d'un demi-siècle d'expérience des pensions de retraite payées par cotisation sociale montre qu'on peut prendre des engagements massifs sur des décennies sans recours à l'épargne ni à l'emprunt. À cet égard, le cas de la génération née dans les années 1930 et ayant pris sa retraite à taux plein au début des années 1990 avec un salaire de remplacement proche de 85%, est éloquent. Dès lors, il suffit d'affecter une partie de la valeur ajoutée collective (le PIB) à cet effet. Dans le prolongement des cotisations sociales finançant la continuation des salaires, on peut aisément imaginer d'affecter à la valeur ajoutée des entreprises une cotisation économique, gérées par des caisses paritaires (comme la CNAV ou l'UNEDIC), qui permettront de financer les investissements sans taux d'intérêt ni remboursement.

    4. Le salaire continué : une subversion du capitalisme, impensée et donc non revendiquée par le mouvement syndical

    Si, comme nous l'avons montré, le principe de la continuation du salaire financé par cotisation sociale est puissamment anticapitaliste, il est frappant qu'elle ne soit pas inscrite dans les priorités des syndicats et des partis politiques de gauche. Preuve que la notion de travail est toujours associée à l'emploi, et donc que les chômeurs comme les retraités ne sont pas considérés comme des salariés hors emploi. Les syndicats et les partis de gauche se contentent le plus souvent de revendiquer une politique du plein emploi, et de demander pour les sans emplois des revenus décents. Force est de constater que la bataille pour les salaires, l'augmentation des cotisations patronales ou la revalorisation des conventions collectives, a perdu depuis longtemps son caractère central. Pourtant, le bonheur des retraités qui, pour beaucoup d'entre eux, n'ont jamais autant travaillé ni été aussi heureux de travailler, contraste de plus en plus avec la souffrance des salariés dans l'emploi, qui vivent le stress, la fatigue, la pression hiérarchique et parfois l'humiliation et le harcèlement, la maladie professionnelle, le sentiment de n'en faire jamais assez pour mériter leur modeste salaire. Comment peut-on revendiquer le plein emploi quand emploi rime le plus souvent avec aliénation ? Il est grand temps, au contraire, de revendiquer, d'une part, le droit à la qualification qui pose les salariés en véritables et uniques créateurs de richesses (contre les actionnaires et leurs managers), et une augmentation substantielle des salaires (agrémentée d'un plafonnement) ; et d'autre part, une hausse de la cotisation sociale versée par les employeurs, en particulier de leur part socialisée que sont les cotisations patronales, comme juste répartition des gains de productivité. Le jour où les chômeurs, comme les retraités, seront assurés de percevoir leur salaire adossé à une qualification qui ne peut qu'augmenter avec l'âge et l'expérience, ils n'auront plus peur de perdre leur emploi, et les employeurs devront compter sur leur aptitude à créer de la valeur et à décider collectivement ce qu'il est utile, ou non, de produire.

    5. Le réseau Salariat : pour que la puissance du salariat imprègne la conscience des travailleurs et que la revendication de son extension soit au cœur des luttes sociales

    Le Réseau Salariat s'est créé précisément sur la base du constat de la réceptivité des travailleurs, et des citoyens en général, à l'idée que le salaire continué financé par cotisations sociales, est un puissant levier pour sortir de l'aliénation à l'emploi, qui les réduit à l'état de ressources humaines au service de la valorisation du capital. Il pose comme principe que le droit à la qualification individuelle et au salaire qui l'accompagne, de la majorité jusqu'à la fin de la vie, doit devenir un droit politique, comme la majorité à 18 ans ou la retraite à 60.

    Le Réseau Salariat propose d'être le vecteur d'éducation populaire sur cette grande question de société, afin que les travailleurs refusent de se considérer comme des demandeurs d'emploi, des victimes du chômage ou des inactifs, mais revendiquent d'être les véritables créateurs de richesses collectives, des producteurs de société, aptes à délibérer collectivement des fins et moyens de leur travail.

    Pour parvenir à son objectif, le Réseau Salariat a vocation a être à la fois :

    • Un réseau territorial d'éducation populaire, prenant relais des initiatives culturelles locales : festivals, cycles de conférences, sites internet, émissions radio-TV locales, cours suivis, spectacles, etc.,
    • Le lieu de production d'outils pédagogiques et d'œuvres sur des supports variés : diaporamas, animation sur Internet, émissions de radio, conférences gesticulées, vidéos, expositions, livres de vulgarisation, etc.,
    • Un lieu de formation de formateurs pour des initiatives utilisant ces outils.

    A l'heure où, à l'approche d'échéances électorales majeures, une partie de la droite française part en guerre contre « le cancer de l'assistanat » (propos récents du ministre UMP Laurent Wauquiez), le réseau Salariat propose de fourbir les arguments de la qualification et du salaire, qui seront les armes de la contre-offensive des travailleurs et des citoyens.