Émanciper le travail

par Bernard Friot Patrick Zech La Dispute 28 août 2014

Présentation
Émanciper le travail

Le dernier livre de Bernard Friot, Émanciper le travailentretiens avec Patrick Zech, paru aux éditions La Dispute. C'est un ouvrage court et clair. (150 pages, 10 euros).

Le modèle capitaliste du travail conduit à notre perte : il est urgent de prendre la mesure des dynamiques porteuses d'émancipation.

Bernard Friot, dans ces entretiens, décrit le conflit social depuis 1945 comme un affrontement entre deux façons contradictoires d’attribuer une valeur économique au travail. Pour le capital, seul un travail soumis aux propriétaires lucratifs et au marché du travail produit de la valeur. Mais les luttes syndicales et les initiatives populaires ont institué au contraire, grâce à la socialisation du salaire, une reconnaissance du travail tout autre, fondée sur le salaire à vie, sur la propriété d’usage des entreprises par les salariés, sur un investissement libéré des prêteurs, sur une autre mesure de la valeur que le temps. Cet ouvrage nous montre comment nous inventons, depuis plus de 60 ans, un travail libéré de l’emprise capitaliste.

Nos entretiens sont l’occasion de présenter simplement cette analyse, de répondre aux objections et de proposer une démarche d’émancipation concrète. Il m'a semblé important, à moi qui ai vécu avec tant d'autres dans ma chair la maltraitance de l'emploi et du chômage, de contribuer à cet ouvrage de combat. Nous pouvons sauver notre peau.

Patrick Zech, coordinateur du Réseau Salariat à Liège

Sommaire

Vaincre

Sortir de la défaite suppose une réévaluation des acquis du mouvement ouvrier pour les généraliser aujourd’hui contre les institutions du capital : c’est la seule façon de vaincre les réformateurs qui ont entrepris d’en finir avec 1945.

Premier entretien : changement dans le salaire

Il faut commencer par bien voir le caractère révolutionnaire des institutions de 1945. La lutte syndicale du XXème siècle a commencé à changer le sens du salaire avec le salaire à vie des fonctionnaires et des retraités, l’imposition aux employeurs de la qualification, la socialisation de la valeur ajoutée dans un salaire socialisé : ce n’est pas un changement du partage de la valeur ajoutée, c’est un changement dans la production de la valeur.

Deuxième entretien : la cotisation-salaire, un trésor impensé

La cotisation est depuis 1945 l’enjeu d’un affrontement entre le revenu différé (promu par le patronat et les réformateurs) et le salaire socialisé qui subvertit la propriété lucrative, le marché du travail, la mesure de la valeur par le temps de travail et le financement de l’investissement par crédit. Une autre pratique de la valeur que sa pratique capitaliste commence à s’instituer, d’où la contre-offensive réformatrice.

Troisième entretien : généraliser la pratique salariale de la valeur

Pour battre les réformateurs, il est urgent de populariser un projet d’émancipation qui élargit les conquêtes de 1945 : généralisation de la copropriété d’usage de tous les outils de travail par les salariés et suppression de la propriété lucrative, salaire à vie et carrière salariale financée à 100% par cotisation, remplacement du crédit par une cotisation investissement, mesure de la valeur par la qualification des producteurs.

Quatrième entretien : sortir des conduites d’évitement

Faute d’avoir pour projet la généralisation du déjà-là instauré en 1945, les opposants à la réforme sont battus depuis trente ans. Il faut tirer les leçons de l’échec de conduites d’évitement qui préconisent le plein emploi, la sécurité emploi-formation, la réduction du temps de travail, un pôle public bancaire, des nationalisations, une révolution fiscale ; ou, symétriquement, le revenu de base, la suppression du travail et de la monnaie.

Cinquième entretien : quelle démarche concrète ?

Remplacer la pratique capitaliste de la valeur par sa pratique salariale se joue dans tous les conflits actuels : l’auto-organisation des salariés dans les entreprises et la maîtrise de l’investissement, la retraite et le financement de la sécurité sociale, les ressources des jeunes, l’indemnisation du chômage, les restructurations, la prétendue « modernisation du marché du travail », la fonction publique, la dette, la création monétaire. Des démarches concrètes sont proposées.